Tout n’est pas rose

Annabelle

Tout n’est pas rose

Écrire sur la couleur, la vie, les émotions. Tout a commencé par une boutade, lors d’un vernissage qui s’est tenu à La Lucarne des écrivains. J’étais en grande discussion avec Pascal, le spécialiste de l’éléphant d’Europe et de Paris, qui accepte pour quelques roupies de travailler à New Delhi à la stupeur générale de son entourage… Bref…

Donc, j’avais lancé la fameuse réplique de Peau d’âne à son père, lorsque celui-ci annonça qu’il voulait l’épouser pour remplacer son épouse, décédée, d’ailleurs je ne sais plus comment. En fait, il voulait épouser sa fille qui ressemblait tant à son épouse, en plus jeune… Mais n’y voyons rien de pervers, ou de « sexper », juste un amour sans limite… et inconditionnel… L’amour, le vrai, en fait !

« Je voudrais une robe couleur du temps » annonçais-je à Pascal, le coordinateur de la gazette n° 68 — Tiens, qui s’occupera de la 69 ? Celui-ci me répondit « chiche ». Évidemment, je me mis à turbiner en me disant « Qu’est-ce que je peux bien écrire sur la couleur ? » Je pensais à cette histoire de Peau d’âne, à tous les romans qui portent un nom de couleur, à Michel Pastoureau, et je me disais : « Et moi, qu’est-ce que je peux bien écrire ?… »

Les couleurs et leurs analogies, banal.
Dire que le noir, représente le deuil, mais pas en Chine où c’est le blanc. Eh oui les couleurs, c’est culturel… Paaaassionnant !
Le rouge, le sang la vie, la mort, la passion etc. Sans parler des couleurs rose bonbon à la Barbie, des Hello Ketty qui sentent la fraise…
Bref, que pourrais-je donc bien écrire d’amusant… en fait, rien. Rien d’amusant, rien qu’une triste réalité, qui n’en est peut-être pas une… Qui sait ? La vie est pleine de nuances. En tous cas, j’annonce la couleur, vous savez dès à présent que je n’ai rien de drôle à vous raconter.
Alors, je m’arrête ? Je continue ?… Bon, je continue comme « Zeraphim », mon ami au grand cœur qui, lui, a écrit 9000 paragraphes sur sa vie, même quand il ne se passait rien. Parce ce que, après tout, même quand il se passe rien, il se passe quelque chose, dit-il !

Je n’aurai pas d’histoire haute en couleur, juste un extrait de vie, un cliché, en couleurs ou en noir et blanc, voire en sépia. Arrêt sur image.

Elle se retrouve dans un bar, le Bar des Sports, rien que le nom, elle se disait ça promet… Elle sur le trottoir cherche ce bar situé non loin de la bouche de métro, elle les aperçoit à travers la baie vitrée. Ils sont là, se tiennent au bar, absorbés par un écran de télévision, ils n’ont pas l’air de parler, ils boivent une bière…

C’est un bar maussade, l’éclairage défaillant, ampoules jaunies, certainement recouvertes de poussière et d’une vielle nicotine, ajoutées à la mornitude. Quelques tables en formica aussi moches que possible ornent le café, il y a un énorme miroir, sale, sur le mur en face du bar. Un écran de télé accroché au mur, comme dans une chambre d’hôpital. C’est un lieu de perdition, il ne manquerait qu’une « entraîneuse » sur le retour décolorée pour parfaire le tableau.

« Bonjour !!! » dit-elle en franchissant la porte. Elle fait irruption dans leur torpeur, vêtue de sa doudoune rouge qui flashe. Guillerette, elle voit plutôt la vie en rose en ce moment, mais pense tout de même : « Ce bar quelle horreur, pourquoi se donner RDV dans un lieu aussi morbide ? »

Le patron est blanc comme un linge à défaut d’être blanc comme neige. Elle ne commande rien d’ailleurs personne ne lui demande si elle désire boire quelque chose. Après quelques instants, un des compères s’éloigne du groupe, il fait grise mine et part sans un mot.
Ils quittent le Bar des Sports, peu après. Quel drôle de nom, pour un bar ou le seul sport doit être le lever de coude ; de surcroît, il n’est même pas à proximité d’un terrain ou d’un gymnase…

Ils décident de continuer la soirée chez l’un des compères qui habite à proximité ; ce n’est pas un cordon bleu, mais il leur concocte un repas improvisé, arrosé de vin rouge qui délie les langues, ils racontent des anecdotes, des vertes et des pas mûres ; ils refont le monde, tout n’est pas rose, les problèmes financiers, la difficulté de ne pas être un col blanc, mais de travailler à son compte, l’amour, les femmes, la Syrie…
… Quel drôle de tableau, quand elle y pense, un éléphantologue, une éminence grise et une oie blanche…

Ils ont passé un bon moment ; c’est l’heure bleue, il est temps de rentrer, chacun doit aller travailler dans quelques heures…

Sa robe couleur du temps, n’est plus qu’une robe couleur de la nuit. Mais elle sait qu’elle ne demandera ni robe couleur de lune ni couleur du soleil, car sa vie est aux couleurs de l’arc en ciel.

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