Haro sur le modèle

Sarah Mostrel

Haro sur le modèle

 

« Mode elles », disait-elle, voulant se démarquer de l’éventail des magazines féminins qui sévissaient sur le marché. « Elles », c’était toutes, celles qui n’avaient pas forcément la taille mannequin, celles qui n’avaient plus l’âge, celles qui ne se démarquaient pas par les normes communément établies. Maud réfléchissait à ce paradoxe de l’ère moderne, une époque où l’on faisait semblant de faire la part belle aux femmes alors qu’elles étaient sans cesse et toujours objet de Unes pour leur faciès et posture, leur physique et séduction, voire leur provocation ou vulgarité selon le cas. De quelle égalité parlait-on ? Non de salaire ni de statut, non de pouvoir ni de performance mais d’une pseudo-ressemblance qui n’avait aucun sens. L’identité devait être préservée, le respect imposé, le regard modifié. Maud ne voulait pas refaire un magazine dans lequel mode, beauté, santé, psychologie de bazar et cuisine étaient les chapitres essentiels. Elle souhaitait donner sens à des paroles de femmes occupées à réfléchir sur le monde, des forces de propositions en vue de l’avancée humaine non superficielle mais en profondeur, comme savait s’accommoder l’esprit quel que soit son sexe.

Tandis qu’un journal en vogue traînait sous ses yeux, sa pensée déambulait au fil d’idées nouvelles mais comment changer les mentalités ? Comment faire prendre conscience aux otages de la tyrannie esthétique de l’absurdité à rentrer dans le jeu et faire entendre à la gent masculine la nécessité des deux genres, non forcément en complémentarité ou par des comportements identiques mais par la richesse de l’individuation partagée ? S’unir pour échanger, considérer, s’étoffer, prendre ensemble une direction portant l’humanité, construire une société qui mériterait ce qualificatif de moderne dans la relation à bâtir, tels étaient les besoins urgents et immédiats.

Le sommaire était fait, étoffé de culture, de rencontres, de probabilités. Ce n’était pas une revue destinée à une communauté de personnes mais au plus grand nombre, accordant raison de vivre, espoir, arguments et volonté d’œuvrer pour le progrès réel. Rien d’une utopie ni d’une sensiblerie, un ouvrage à composer pour une harmonie universelle, éclairant sur la possibilité d’une île peuplée d’individus actifs et responsables.

Maud se souvenait avoir proposé à l’époque à un groupe de presse un périodique optimiste, voué à donner une image un peu plus positive de la société. Bien sûr, l’horreur n’en finissait pas de sévir aux quatre coins du globe, mais mettait-on en valeur les actes héroïques, de bravoure, de courage, de distinction ? Insufflait-on confiance, espérance, croyance en l’avenir aux jeunes aptes à édifier un meilleur vivre ? « Que nenni », lui avait lancé le big boss qui n’avait de bosse que celle des chiffres assurés selon lui par des valeurs sûres, traditionnellement toujours les mêmes, déMaudées…

Il fallait, selon la journaliste, rétablir le désir, rappeler la nécessité de « Elles » et de leurs partenaires, non les uns contre les autres mais les uns en face des autres se donnant l’écho de l’univers certes braillant tout autour mais n’attendant que le lumineux et le sensible pour se parfaire. « Elles » seraient heureuses avec ceux qui accepteraient leurs ailes, leur cœur, leur possible. « Elles » seraient définitivement libérées sans le joug de l’image et du faire-valoir. Cela n’ôterait en rien à leur grâce et à leur féminité, mais leur octroierait un égard autre, une caresse si plaisante et bienvenue. « Elles » se veut être le reflet d’une catégorie  qui ne demande qu’à « Ils » de se joindre à la réalisation du Beau pour « Tous ».

 

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