L’animal qui est en soi

Février 2013

© Sarah Mostrel

L’animal qui est en soi

« L’homme est un animal enfermé à l’extérieur de sa cage. Il s’agite hors de soi. »
Paul Valéry

Ils ne font qu’un. Ils sont un.
Lui et la bête, non qui sommeille mais qui vit et palpite en lui.
Toutes griffes dehors, elle l’arrache au statut pacifié, l’agrippe, empêchant le langage, 
ne lui permettant qu’un cri, celui de l’horreur.
Elle le malmène, le torture, le pousse aux impulsions et compulsions, le rappelant 
à son instant primaire, qu’il n’est pas parvenu à apprivoiser.
L’homme ne peut apprivoiser l’animal qui est en lui.
Cela se reflète dans ses gestes, brutaux souvent, dans sa fureur, son esprit de conquête.
S’adonner à l’émotion, impossible, foi d’animal ! Il en deviendrait humain !
Le monde ne serait alors plus monde, les larmes ne couleraient plus, la conscience ferait office de loi, les guerres ne tueraient plus.
Non, les hommes sont sans aucun doute bien plus sauvages que les bêtes, car ils peuvent tuer pour le plaisir, et non seulement par réflexe de survie ou de perpétuation de l’espèce.
L’homme est un animal à qui l’on a donné la chance de la réflexion, du recul, de la pensée.
En son intérieur, non une forme moins évoluée mais la fonction instinct, brimée.
Manque de « peau », il s’en sert pour rester stagnant en ce statut, au lieu de dominer 
son composant bestial. Au mieux, il dresse et gouverne ses animaux dits « de compagnie », qu’il élève pour avoir l’affection de ce qui lui manque intrinsèquement. Ou il l’asservit, l’utilise comme objet d’expérimentation, de jeu, de chasse, de cirque, en mets, 
en couverture…
Si l’homme est un loup pour l’homme, il l’est d’abord en lui-même. Dans le meilleur 
des cas, quand il a une conscience, se dévorant, luttant contre l’inné, sa forme primitive, ancienne, antécédente peut-être… Au pire, se confondant avec lui, quand le cœur a cessé de battre autrement que par nature, quand il ne ressent plus rien, quand il n’est plus… que machinal.
A-t-il une âme, une espérance ? A-t-il seulement prêté attention au regard de 
ses congénères, dans leur volonté d’échange, de communication, de paix ? Lutte 
de territoire, perpétuelle agression, rivalités, volonté de pouvoir, lois du plus fort, 
ou l’on apprend que l’animal est le suprême, l’homme en contrebas…
Prédateurs, expérimentateurs, propriétaires, face à la liberté, aux lois naturelles, immuables, indomptables sauf illusion, ils ont tant à apprendre, les hommes, sur leur condition ! Sans compter l’animus et l’anima… Un débat bien trop évolué pour l’animal….

Sarah Mostrel, journaliste, écrivain, vient de publier aux éditions L’Echappée Belle un recueil de nouvelles Révolte d’une femme libre.

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