Samedi 19 mars 2016 à 19 h 30 : Littérature féminine

Al ManarUne soirée en compagnie des éditions Al-Manar et Alain Gorius, avec Françoise Ascal pour Noir-racine et Estelle Fenzy pour Rouge vive

Noir-racine, de Françoise Ascal
Qu’on le veuille ou non, chacun s’inscrit dans une lignée. On peut se croire libre de toute attache ou se vivre indéfectiblement lié aux ancêtres. Lorsque ceux-ci sont gens de peu, paysans obscurs ayant traversé l’épreuve d une guerre dont on perçoit en soi-même les ultimes résonances, le désir de saluer leur courage quotidien, leur opiniâtreté s’impose, insiste. On cherche alors une vérité fuyante cachée entre les lignes de quelques cartes postales de 1915 écrites au crayon par une main fébrile et retrouvées dans une vieille ferme menaçant ruine au fond des bois. La nature, dans sa luxuriance, travaille à effacer les traces de ce qui fut. On rêve alors de sauver de l’oubli, si peu que ce soit, ces Joseph, Élise, Gabriel, Marthe, humbles anonymes qui sont notre source.

Rouge vive, Une brocéliande amoureuse et sauvage, Estelle Fenzy

J’ai reçu tout récemment le dernier recueil d’Estelle Fenzy. Rouge vive. Je l’attendais. Pelotonnée dans mes laines, je l’ai lu d’une traite. Et relu. En frissonnant. Avec fébrilité. Avec tendresse et crainte aussi. Estelle Fenzy excelle dans ces vers. Naturelle et profonde, sa parole poétique est belle et pure. Envoûtante.

Des voix se coulent, qui s’entrelacent dans une double attente, visible à l’œil. Soudain, après les poèmes qui préludent au conte, les italiques apparaissent. Le narrateur solitaire, dans son demi-sommeil, « convoie des rumeurs ». Qui sont-elles ? Quel secret est le leur ? Elles prennent les intonations d’une voix de femme. Qui confie son passé meurtri de morts marqué de sang. Rouge vive. Vivante parmi les morts, « cette femme au visage froissé » visite le rêveur et hante sa mémoire. « Qui était cette femme » ? « Je ne m’en souviens plus ». La poète interroge l’énigme. S’exhument au fil des pages des pans d’histoire d’un passé dont la poète est issue. Une histoire de guerre et d’amour spolié. La beauté énigmatique de ces pages aux poèmes brefs se nourrit du mystère d’une écriture qui s’ancre en un lieu à la fois précis et flottant, qui évoque les paysages hypnotiques du conte.

Angèle Paoli

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