Novembre 2008

Le silence est d’or, dit-on communément, sans doute parce que la parole est de diamant. Et si la parole est diamantine, la gravure, elle, est sûrement d’ivoire. Et si la gravure est ivoirine, alors la calligraphie, alliance du silence aurifère, de la parole adamantine comme du trait éburnéen, la calligraphie, dis-je à la manière pompeuse de Cyrano, est absolument, convulsément, intrinsèquement, universellement, anticonstitutionnellement chrysadamantinéléphantinesque.

Semaine donc chrysadamantinéléphantinesque à La Lucarne des Écrivains mais aussi, comme vous le verrez, à La Lucarne des Artistes.

Et nous commencerons par l’éléphantesque, sinon éléphantinesque, Loulou Taÿeb (avec un trëma sur l’ÿ, comme Pierre Louÿs), qui nous exposera pendant quinze jours ses délicieuses gravures de pachydermes d’Asie, d’Afrique comme d’éléphants d’Europe, son bestiaire jajaïste et jajavert d’hanumaux, exposition du 3 au 16 novembre, avec un vernissage, mes petits vernis, le mercredi 5 novembre à partir de 17 h, en compagnie de l’éléphantesque éléphantasque Loulou Taÿeb, évidemment, mais aussi son compère Zeglobo ZERAPHIM, dont vous pouvez lire sa prose et sa pose en page 9 de La Gazette de La Lucarne n°8.

Jeudi 6 novembre 2008 à 19 h 30, « Soirée calligraphique » : de l’or, du diamant et de l’ivoire, et conséquemment chrysadamantinéléphantinesque, avec l’artiste irakien Hassan MASSOUDY (en compagnie de sa non moins artiste Isabelle MASSOUDY) qui nous présentera ses 112 calligraphies de Désir d’envol (Albin Michel), ainsi que Tombeau pour sept frères (poèmes d’Amina Saïd, aux éditions Al Manar) et ses autres albums édités chez Alternatives, Flammarion, Phébus.
Luxe, calme et volupté, à volonté !

Vendredi 7 novembre à 19 h 30, soirée aurifère, diamantine et ivoirine on ne peut plus chrysadamantinéléphantinesque, avec Maurice CURY (épice spéculatif pour lequel on a fait le tour du monde), soirée intitulée : « La fin du capitalisme ? », autour de ses recueils d’articles La guerre capitaliste (suivi d’Éloge de la paresse) et Le libéralisme totalitaire, on évoquera avec Maurice CURY la mainmise sur les consciences, la culture, l’économie ou la politique, de ce dogme à la rapacité individualiste érigé comme règle, dont on constate, aujourd’hui plus que jamais, la nocivité à l’échelle mondiale. Lectures avec Léonie PASCAL.

Enfin, samedi 8 novembre à 19 H 30, « Soirée palestinienne » en compagnie de Gilles KRAEMER, auteur de Jours tranquilles à Ramallah (éditions Riveneuve), qui nous donne, à travers ses chroniques écrites sur place pendant un long séjour en Palestine, une vision bien plus humaine et moins caricaturale du vécu actuel des Palestiniens, mais aussi de la société israélienne. Lectures assurées par la comédienne F. CARRIQUE ALLAIRE, à l’origine de cette rencontre, suivies d’un débat.
Saperlipopette !
Plus que quatre jours pour voir les gravures de Loulou Taÿeb, ses hanumaux et ses éléphantasques, exposées comme il se doit sur les murs de La Lucarne des Ecrivains ! Heureusement qu’on est là pour vous le rappeler !
Saperlipopette ! Plus que trois jours avant la lecture théâtrale à la Lucarne le vendredi 14 novembre à 19 h 30, une pièce inédite, La Varsovienne, de l’écrivain portugais Mario de Carvalho, (romancier également) présentée par Jacqueline Ordas, avec pas moins de 7 comédiens (dont Catherine Thérouenne, Guy Lavigerie, Pierre Etienne et Claude Duneton…) Chic, alors ! Une belle découverte orchestrée, saperlipopette, de belle manière ! L’intrigue : le désenchantement des révolutionnaires à travers une
famille en crise…
Avec en prime, la nouvelle Gazette de La Lucarne, numéro 9, oui, mesdemoiselles et messieurs !

Quant au samedi 15 novembre, on se met en quatre avec nos deux rencontres, ce jour-là, à La Lucarne des Écrivains :

À 15 h, deux auteurs d’Amérique latine, le cubain Joel Franz Rosell, qui nous présentera trois de ses ouvrages jeunesse, La chanson du château de sableLa Légende de Taïta Osongo pour les petits, « Cuba, destination trésor » pour les plus grands ; la colombienne Gloria Cécilia Diaz qui nous parlera de son livre Écoute-moi avec les yeux. Une belle occasion aux enfants de traverser les pages à la rencontre de leurs auteurs.

À 19 h 30, Claude Duneton (encore lui !)commémorera à sa manière l’armistice de 14-18 en vous proposant la lecture d’un recueil publié en 1917, peu avant la mort de son auteur, et qu’il a fait rééditer spécialement aux Équateurs pour cette soirée : Les Coqs et les Vautours d’Albert-Paul Granier, lieutenant d’artillerie, qui écrivit des poèmes à la fois émouvants et de facture moderne (entre Apollinaire et Verhaeren), maniant habilement le vers libre ou rimé et la prosodie contemporaine. Réédition saluée par toute la presse. Donnez-nous un exemple, saperlipopette !
« Depuis le petit jour,
lovés dans la rosée ils hurlent tour à tour,
par l’espace inquiet toussant leur rauque haleine.
Par l’espace inquiet ils hurlent à la mort.
Rejetant leur col noir, comme un serpent qui mord,
ils vomissent la haine à pleine bouche,
et nous, les attisant dans leur ardeur farouche,
écoutons l’air crisser dans les gueules d’acier.
(…)
Alors, quand plus rien n’est resté
sur qui cracher les obus lourds de haine et d’épouvante,
ils ont repris haleine dans la nuit… » (1914)
Albert-Paul Granier, La bataille (p.58/60)

Et la semaine prochaine, saperlipopette ?

Arts et littérature : quoi de plus simple d’associer le pluriel de l’un au singulier de l’autre. Car si les arts sont pluriels et masculins, la littérature s’associe
singulièrement au féminin. On le prouve cette semaine à la Lucarne des Écrivains.

L’art d’écrire, d’abord, en compagnie de François BEGAUDEAU, ce mardi ; l’art brut ou sauvage, mercredi, avec Franck PLASSCHAERT ; l’art orthodoxe, à Chypre, ce jeudi, avec Yvec BERGERET ; l’art d’aimer, ou plutôt du désamour, vendredi, avec Claire RUPPLI et sa religieuse portugaise. Car l’art est aussi littérature à La Lucarne des Ecrivains.
Mardi 18 novembre 2008 à 19 h 30, François BEGAUDEAU, donc, connu pour un livre fameux et un fameux film homonyme, Entre les murs, nous revient avec un essai critique, Antimanuel de littérature (Bréal), qui lui vaut d’être rossé de toute part. Et pour cause : il manie à rebrousse-poil
l’érudition et la jubilation, associe la réflexion exigeante avec l’humour potache et bravache, décortique les différentes strates de ce qu’on appelle la littérature qui, au fil des siècles, constituent la référence absolue de l’écrit. On comprend alors que les critiques pusillanimes lui en veulent de marcher dans leurs plates-bandes à la française, comme il y a cinq ans avec Pierre Jourde pour son hérétique La Littérature sans estomac. Tourne manège !
Franck et Armel à St Pierre Ville, en Ardèche.

Mercredi 19 novembre à partir de 17 h, vernissage d’un autre zigoto, Franck PLASSCHAERT, qui nous arrive d’Ardèche où l’on pratique, comme son nom l’indique, l’art de la dèche, c’est-à-dire « L’art de la récupération », titre de l’exposition. Pas la récupération politichienne où l’on pratique plutôt l’art de la lèche, mais la récupération artistique consistant à transformer une boîte de conserve en oiseau métallique, fourmi volante, canard lecteur ; un tuyau d’aspirateur en roi reptilien et reine serpentine ; un aérosol, une calebasse ou une conserve Petit Navire en personnage fantastique, en engin motorisé, pédestre, à vent, à voile ou à vapeur, karting, triporteur, tricycle, voiture volante ou rampante, pour exploser d’une joie enfantine dans
un fabuleux manège, clou de l’exposition, que nous appellerons pour l’occasion « Le manège de la littérature ». Tourne, tourne, manège !

Jeudi 20 novembre à 19 h 30, rencontre intitulée « L’image ou le monde », sur l’art orthodoxe à Chypre, avec un montagnard que nous aimons bien, Yves BERGERET, qui pratique le monde entier pour sa recherche géopoétique : les Antilles, le Mali des Dogons, la Sicile et aujourd’hui l’île de hypre. A partir de son livre bilingue (français/grec) »L’image ou le monde » (dont nous avons l’exclusivité en France pour cette soirée), Yves Bergeret reprend sa grille de lecture spatiale appliquée aux Dogons et nous montre que ces petites églises chypriotes, bourrées à craquer de peintures pieuses, nous transportent et nous transforment à travers les siècles comme les générations : à nous de comprendre leurs signes et leurs songes, leurs présences humaines et divines. Tourne, tourne manège !

Vendredi 21 novembre à 19 h 30, afin de conclure en beauté, un chef-d’œuvre ignoré du Grand Siècle, écrit ni par Racine, Pascal ou La Fontaine, mais par un anonyme en 1669, et que nous découvrirons avec le talent émérite de la comédienne Claire RUPPLI, je veux parler des extraordinaires « Lettres de la religieuse portugaise » : « Il y a dans ces lettres une vérité qui se moque du temps, des lieux, des êtres mêmes, et qui explique qu’elles suscitent toujours autant d’intérêt. Les « Lettres de la religieuse portugaise » révèlent, dans un style qui épousent à merveille les tourments d’une âme, leur indéfectible modernité ».
Tourne, tourne, tourne manège !

Mercredi 26 novembre à 19 h 30 : poésie sud-américaine, avec le chilien Luis Mizon pour « Voyages et retours » (Rhubarbe) et « Poèmes d’eau et de lumière » (Al Manar) en présence de ses éditeurs Alain Kewes et Alain Gorius.

Jeudi 27 novembre à 19 h 30 : « littérature ou réalité ? » avec Elisabeth Motsch pour La Bécassine de Wilson (Actes Sud), roman sur l’autisme et Blandine Jeannest, « L’abolition de la peine de coeur »(Propos2éditions »), récit sur le deuil, en présence de son éditeur Michel Foissier.Capter l’instant, capter le réel ; écrire le deuil, écrire
la maladie ; être confronté entre le récit ou la fiction, le
journal autobiographique ou l’écrit imaginatif. En une
formule : littérature ou réalité ?

Tel sera le thème de la rencontre à La Lucarne des Écrivains le Jeudi 27 novembre à 19 h 30 avec Elisabeth Motsch pour La Bécassine de Wilson (Actes Sud) et Blandine JEANNEST pour L’Abolition de la peine de cœur (Propos/2 éditions).La première, romancière chevronnée (en particulier Le tribunal de Miranges)est confrontée à l’autisme de son fils. La seconde, artiste reconnue, doit affronter le décès de son conjoint. A partir de ces deux problématiques, comment raconter, se raconter, dire, faire passer l’histoire ou l’émotion sans tomber dans l’autofiction complaisante ou la confession larmoyante ? Comment continuer à vivre ou à aimer au milieu d’un deuil ? Qu’est-ce qui va permettre de sortir de l’autisme ?
À vous de découvrir ces deux auteurs à travers ces deux histoires et ces deux écritures.

Extraits :

« Dire la légèreté des graminées, leur envol dans l’espace, la cuisse qui rougit en s’enfonçant dans l’eau glacée entre les herbes. Moi qui vis hors sexualité, toute la nature m’est érotisme, tout détail m’est présence, de la poule d’eau qui fond dans le cresson à la petite fille désoeuvrée qui tourne par jeu autour du saule. J’apprends désormais une solitude habitée par la vie multipliée. »
Blandine Jeannest, L’abolition de la peine de cœur, p. 36.

« Une trentaine de mètres en avant, Gabriel sautille d’une pierre à l’autre, il semble avoir tout à fait oublié sa question dramatique. « Sip ! Sip ! » lance-t-il. « Sip ! Sip ! » chante un oiseau obstinément. « Sip ! Sip ! » reprend Gabriel et il rit. Le petit oiseau quitte le sommet d’un chêne et exécute un vol tout en courbes jusqu’au hêtre voisin. « Il chante en volant, c’est fort ! » crie Pierre. Gabriel approuve. « Tsia ! Tsia ! Tsia ! » crie l’oiseau avant de se poser. « Tsia ! tsia ! tsia ! » fait Gabriel qui l’imite parfaitement. »
Elisabeth Motsch, La Bécassine de Wilson, p.66.

Samedi 29 et dimanche 30 novembre, toute la journée, 3e Salon du livre d’artistes avec Claude Ballaré, les éditions Au crayon qui tue et Thieri Foulc… Soirée samQu’il gèle ou qu’il pleuve, qu’on s’aime ou qu’on s’entretue, que vous lisiez ou pas, il y a mille raisons de se réfugier à La Lucarne des Écrivains, pour y voir, pour y boire, pour y parler, pour y sourire ou soupirer, mille raisons d’y trouver son bonheur, sous forme de livres ou objets d’art, à travers écrivains ou artistes, enfants ou oiseaux en ferraille, et nous vous le prouvons.

Ce week-end (ou cette dominique, pour les puristes), notre troisième mini-salon du livre d’artistes, emmené par le moustachu Claude Ballaré, qui aura lieu tout le samedi (avec en prime une soirée sur le sujet), et tout le dimanche (pour ceux qui n’aime pas les dimanches). Claude Ballaré nous présentera ses collages, ses boîtes magiques et ses livres (avec notamment Les Énigmes licencieuses du sieur Papillon de Lasphrise chez Finitudes), tandis que l’oupeinpien (pin! pon!) et pataphysicien Thieri Foulc, qui anime les éditions Le crayon qui tue (si! si!), nous livrera son Atlas potentiel renouvelant totalement la géographie, on vous dit pas pourquoi. Et puis il y aura Léa Tirmant avec ses livres objets ou dépliants sur la mer ou la nature, sans parler des éditions Autres Rives avec Jean-François Jeannet et Stéphane Branger dont je ne vous parlerai donc pas.
Tout ce bon monde samedi et dimanche, avec la soirée qui tue entre les deux, samedi à 19 h.
On vous attend de livre ferme, à La Lucarne !

Expositions


Du 17 au 30 novembre 2008, « L’art de la récupération », œuvres d’art brut de Franck Plasschaert, faites à partir de boîtes de conserves et d’objets recyclés. Vernissage mercredi 19 novembre à partir de 17 h.

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