Juin 2008

Peut-on témoigner de l’indicible et de l’horrible, que l’on ait vécu ou pas, qu’il s’agisse de rescapés de guerre, de camps, de séisme, de fuite éperdue, que l’on soit du côté des victimes, des responsables ou des bourreaux, sans qu’on risque d’être taxé de journaliste à sensation, de Goncouré poisseux, voire de pornographe sous prétexte que ce ne serait pas du Stendhal tranquille ou du Sartre engagé, littérairement parlant ?

Pendant deux soirées, mercredi 4 et vendredi 6 juin 2008 à 19 h 30, à la librairie La Lucarne des Écrivains, Tchernobyl sera au centre des débats, dans « Petit Musée de la catastrophe », à la fois exposition photographique et texte dit. Véronique Boutroux, avec la compagnie théâtrale Brut de béton, a en effet parcouru la région de Tchernobyl en 2006 pendant un mois, puis en 2007, à la rencontre des habitants et des simples gens qui vivent au jour le jour depuis plus de 20 ans cette catastrophe permanente. Une visite guidée, ritualisée, au centre de ce séisme, un état des lieux entre l’abandon des autorités, la radioactivité, l’alcoolisme et l’altruisme, que Véronique Boutroux restitue avec un texte théâtralisé et une exposition qui nous conduisent peu à peu au cœur de cette région à la fois célèbre et oubliée, au plus près des Ukrainiens, qui nous interpellent sur les conséquences là-bas, mais aussi en France, maintenant.

Jeudi 5 juin 2008 à 19 h 30 : soirée plus tranquille avec « Paris-Province », où Pierre Vauconsant, auteur et peintre (il exposera à La lucarne au mois de Juillet), évoque « Le café de mon père » dans lequel il décrit des personnages haut en couleur qui ont marqué le lieu de son enfance, dans les années cinquante, un père venu du sud qui devint une figure locale de ce bistrot parisien.

Samedi 7 et dimanche 8 juin à 19 h 30 : 2e Salon du livre d’artistes avec Chris Ballaré, Georges Rinaudo et Françoise Séloron Les éditions Da Rocha et Sans Importance.

Livre objet ou livre de bibliophilie, livre d’artiste ou d’artisan, l’imprimé nous réserve bien des surprises pour peu que l’on soit sensible à la forme autant qu’au contenu, à la matière du rêve de l’écrivain ou du photographe, du peintre comme de l’éditeur.Deuxième salon du livre d’artiste, donc, à la Lucarne des Écrivains, toute la journée du Samedi 7 juin 2008 et du Dimanche 8 juin avec, en prime, une rencontre le samedi, en soirée à partir de 19h en compagnie des participants.

Chris Ballaré, Georges Rinaudo et Françoise Séloron ainsi que les éditions Sans Importance (Régine Gondeau), le Laboratoire de la voie Lactée (Luis Darocha), les éditions Pierre Pitrou nous présenteront leurs ouvrages qui, d’une manière ou d’une autre, rompent avec le livre traditionnel. Alors, deux pleines journées pour venir nous voir, discuter, toucher, sentir, respirer, regarder, lire des objets littéraires qui accompagnent votre imagination.

A la Lucarne des Écrivains, nom de nom ! mercredi 11 juin à 19H30, crénom ! Avec Le Bobinnec et Duneton, dis donc !

Encore du témoignage ! Encore sur la deuxième guerre mondiale ! « Ma drôle de guerre à 18 ans », Allemagne 1942-1945, lit-on ! Un bouquin préfacé par Claude Duneton, ce couillon ! Une certaine Le Bobinnec inconnue du bataillon, m’assure-t-on ! Une jeunesse malheureuse chez les Teutons ! Changeons de bobine, changeons de ton ! Quelque chose de distrayant ! De l’art pour l’art ! Un truc sur Montmartre ! Même un documentaire ! Tiens, par exemple, « Gen Paul à Montmartre », Gen Paul le peintre, le copain de Louis-Ferdinand Céline ! hein ! Ca en jette ! Pas mille bouquins sur le sujet ! Avec une préface de Claude Duneton, ce bon ! De la fameuse Le Bobinnec, Chantal de son prénom ! Où ça donc, mon tonton ?

DSC00591-juin 2008Et puis, vous pouvez revenir à La Lucarne le vendredi, Vendredi 13, ça se retient VENDREDI 13, le 13 juin, à 19 h 13, pour l’usine à gaz, ou plutôt LUSINAGAZ, la revue qui rigole pas. Sur les « VicEs eT BOuloNs, où seront abordées les épineuses questions de la faute, de l’expiation et de la vie en général », fichtre ! Entre pataphysique et situationnisme, potaches et bravaches ! Des couillons de vingt-cinq ans de Lille et de Paname ! Ca chôme pas à LUSINAGAZ ! ATTENTION A LUSINAGAZ ! Spectacle garanti !

Et puis enfin SAMEDI 14 JUIN à 19H30, du théâtre à La Lucarne des Ecrivains, de la librairie-théâtre sur Paris mon kiki, une pièce d’André Degaine, l’auteur de l’Histoire du théâtre dessinée, avec le comédien Michel Jouniaux. Une heure de théâtre pour raconter « Les aventures de Paris » avec harmonica et dessins magiques !!! Du théâtre comme aurait aimé Jean Vilar. Et en prime André Degaine en personne pour vous épater ! Alors amoureux du théâtre et de Paris, préparez vos questions !

Généalogie et Maroc, littérature et poésie, calligraphie et Mongolie, enfin chansons et musiques, voici dans l’ordre le programme de la semaine à La Lucarne des Ecrivains !

MERCREDI 18 JUIN à 19h30, SOIREE MAROCAINE avec Pierre Grouix qui nous apporte son dernier-né intitulé : « Une jeunesse marocaine, Français du Maroc », dans la collection Gens d’ici et d’ailleurs (éd.Le Rocher) animée par Marc Tardieu. Après son brillant « Russes de France, d’hier à aujourd’hui », Pierre Grouix s’est interrogée sur sa propre ascendance pour se découvrir une double appartenance, dans une Afrique du Nord très friande de mariages entre communautés et nationalités différentes : Espagnols et Auvergnats, formant une famille pied-noir passant d’Algérie au Maroc. C’est ce Maroc là, français de 1928 à 1958, puis indépendant, qu’il va interroger à travers ses propres racines. Pierre Grouix illustre par son enquête minutieuse le croisement de l’Histoire concernant tant de personnes apparemment sans histoire ! Entre généalogie, ethnographie, géographie, une enquête sous fond de colonisation et décolonisation.

JEUDI 19 JUIN à 19h30, SOIREE LITTERAIRE avec les éditions La Cause des Livres spécialisée dans la publication de textes autobiographiques, que nous avons déjà invitées pour le journal d’Opal Whiteley, une enfant américaine de six ans, et celui d’Aline de Lens, cette peintre voyageuse qui mourra au Maroc. Là, se renouvelant, l’éditrice Martine Lévy nous apporte deux nouveaux auteurs : Catherine Laurent, pour « Il est parti » récit hallucinant des bombardements de 1944 en Normandie, vus par une mère et ses enfants ; Christine Waldeman, avec ses litaniques « Fatigue mon amour » :

fatigue de se laisser mourir
fatigue de la course au temps perdu
fatigue de ne plus pouvoir s’en sortir
fatigue d’être cocu
fatigue de dépasser nos limites
fatigue des soirée bof
fatigue nous sommes tous frères tous soeurs
fatigue d’avoir un voile sur les yeux

Vendredi 20 juin à 19 h 30, SOIREE CALLIGRAPHIQUE exceptionnelle avec deux calligraphes mongols qui viennent spécialement de Mongolie pour cette soirée et une exposition organisée par Marina Lahy à l’occasion de la sortie de l’album « Sur la terre des Mongols » aux éditions Alternatives dirigées par Gérard Aimé. Les deux artistes mongols Tamir Samandbadraa PUREV et Bayart-Od BYAMBARENCHIN animeront une soirée -démonstration de calligraphie et dessin, parleront des écritures mongoles, des techniques de calligraphie…
Ils montreront leurs oeuvres dans le cadre de l’exposition « Couleurs de Mongolie  » organisée par l’Association « Autour
de la Lettre » du 23 juin au 6 juillet prochain au Viaduc (57 avenue Daumesnil).

DSC00606-21 juin 2008Pour terminer la semaine en beauté et en musique,
Samedi 21 juin de 19 h à minuit : Fête de la musique non-stop. Avec les musiciens Jean-Yves Colliaux (19h), musique acousmatique, Alain Fauconnier (20h) de l’association l’Echappee Belle (Florence Issac) En avant la musique !

Chaleur électrique et nuits d’été, cette dernière semaine de juin sera consacrée à la Lucarne des Ecrivains à deux soirées seulement, l’une consacrée à la poésie américaine, l’autre en hommage à un auteur français qui aurait eu cent ans.

Mercredi 25 juin à 19 h 30 : Poésie américaine face à la poésie ethnique. Yves di Manno, poète, traducteur et éditeur, avec Sebastian Reichmann, poète, présenteront en effet l’œuvre de Jerome Rothenberg, écrivain majeur de sa génération, autour de son anthologie Les Techniciens du Sacré qui proposent une relecture d’ensemble de la poésie du monde entier, dans une perspective contemporaine.
Les Techniciens du Sacré présentent un corpus exemplaire de textes «traditionnels », de toutes provenances géographiques et temporelles. Mais loin de s’en tenir à une approche strictement documentaire, Jerome Rothenberg a composé son ouvrage comme une anthologie « active », inscrite dans le présent, développant au fil de nombreux Commentaires, un singulier parallèle entre ces textes immémoriaux et la poésie du XXe siècle. Composé au beau milieu de la grande tornade utopique et rebelle des années 1960, ce livre a eu outre-Atlantique une influence notable sur la poésie de son temps. La version qu’en propose Yves di Manno rouvre aujourd’hui ce débat, dans le contexte français.

Vendredi 27 juin à 19 h 30 : spectacle hommage à André de Richaud. Cette année André de Richaud aurait eu cent ans.
À cette occasion, Denis Bernet-Rollande dira « Je ne suis pas mort » à La Lucarne des Écrivain, le vendredi 27 juin à 19 h 30. Ensuite on passera le chapeau et on boira un verre, car cent ans, André, ça s’arrose !
« Avec les mots de l’hospice, pauvres mots des vieux gâteux et des jeunes fadas, André de Richaud distille les perles noires de son cafard, pimenté de l’humour le plus féroce. Dans Je ne suis pas mort, il lance une bouteille à la mer. Il avait disparu, plus occupé à boire qu’à écrire, il s’était mis au vert en Provence dans un asile de vieillards où il avait le vivre et le couvert. Ce texte, publié par Robert Morel et médiatisé par Paris Match, l’a sauvé. Le personnage Belhomme s’est retiré à l’hospice pour pouvoir soigner sa femme dans une maison de santé payante. De Richaud est sorti de l’asile et, revenu sur le devant la scène, il a retrouvé son statut d’écrivain. C’est un texte salvateur. »

Jérome Rothenberg et André de Richaud, deux grandes découvertes !

Expositions

Du 7 au 13 juin 2008 : dessins de Georges Rinaudo.

Du 9 au 22 juin : Mosaïque ! Mosaïques ! Depuis six mille ans au moins qu’existe cet art de la couleur et du débris, la mosaïque n’a cessé de se renouveler à travers l’expression populaire des cultures les plus diverses. Cette vision pariétale de l’espace traverse l’histoire de l’humanité, accompagnant le quotidien de sa beauté multiple : la mosaïque est décorative ou artisanale comme elle peut être artistique ou architecturale.

Pierre et Massy Maucuit nous proposent pendant quinze jours leurs mosaïques originales à La Lucarne des Écrivains (du 9 au 22 juin, vernissage le jeudi 10 juin à partir de 19 h), illustrant bien ces propos.Couple mixte dans la vie comme dans leur art, ils sont de souches française et tchadienne. Leurs oeuvres faites conjointement reprennent l’environnement d’Afrique noire à partir des faits et gestes.Cases et baobabs, boubous ou puits voisinent avec des profils d’hommes et de femmes, comme dans l’ancienne Égypte. Des objets pratiques (miroirs, dessous-de-plat) s’associent à leurs tableaux très colorés ou à des découpes d’Africaines portant leur paniers sur la tête ou encore pilonnant. Cet univers naïf, vivant et chaleureux nous propulse dans un monde convivial où il fait, tous les jours, bon vivre en couleurs !
Venez nombreux à la maison du Bonheur, venez à la librairie de mosaïques !

Du 23 juin au 26 juillet : « Ombres et lumières », œuvres de Pierre Vauconsant. Vernissage jeudi 26 juin.
Soleil soleil murs et angles encoignure noirceurs escaliers, l’univers de Pierre Vauconsant, peintre, se combine mystérieusement par ces ombres géométriques répondant à des pans de couleurs, des matières granuleuses, ou au contraire par une intensité lumineuse et bleutée effaçant les reliefs, les dénivellations ou les nuances.Nous connaissions déjà, à la Lucarne des Ecrivains, Pierre Vauconsant comme l’auteur du roman « Le café de mon père » où il écrivait le monde en noir et blanc, pittoresque mais angoissé, du Paris des années cinquante au milieu de personnages typés. Ou l’astucieux jongleur des homonymes.
Pour son exposition intitulée « Ombres et Lumières » qui a lieu à La Lucarne du 23 juin au 25 juillet, Pierre Vauconsant nous indique une toute autre direction : celle du Sud, du Bassin méditerranéen, de l’Afrique du Nord ou noire, ou plus loin encore, celle des limbes terrestres de l’ailleurs, où l’humanité est absente de ses espaces.

Lors du vernissage ce jeudi 26 Juin à 19 h, nous découvrons, à travers le prisme de sa palette, une architecture picturale entre abstraction et figuration dans laquelle sont évoquées les couleurs vives ou brunes de N’Kob ou de Taroudant, Burano, Pérouse, Sienne ou bien Kashgar, Taourit, Paros, Naxos, mais aussi Tamanrasset, Ghardaïa, Marrakech ou encore Beni Izguen. Des noms fabuleux de villes qui sont le support de cette attirance solaire irrépressible.
Armel Louis

Ci-dessous un poème de Pierre Vauconsant :

La lumière
L’ombre

La lumière qui ouvre
qui déchire, qui lacère l’Ombre,
la révèle à elle-même, à sa nuit
à son silence
La lumière
Un cri dans le silence de l’Ombre
Le cri de l’Ombre
La Lumière
Un appel à poursuivre,
Un appel à dépasser l’Ombre
et ses vibrations muettes,
Ocres profonds, terres rouges,
bleus sourds, noirs indigos

P.V.

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